Pourquoi je n'arrive pas à me détendre ? Comprendre l'anxiété, le besoin de stimulation et le rôle du système nerveux
Pourquoi le calme te met parfois mal à l'aise
Introduction
Nous cherchons tous, à un moment donné, à avoir plus de calme dans notre vie.
Moins de stress, moins de pression ou moins de charge mentale.
Pourtant, lorsque le calme arrive réellement, certaines personnes ressentent une sensation étrange.
De l'agitation, de l'ennui ou une envie de faire quelque chose immédiatement.
Comme si le silence ou l'absence d'urgence devenait inconfortable.
Alors une question peut se poser :
Pourquoi une situation que nous recherchons peut-elle devenir difficile à supporter une fois obtenue?
Le problème n'est pas forcément que nous n'aimions pas le calme.
Parfois, notre cerveau et notre système nerveux se sont simplement habitués à fonctionner dans un état de stimulation permanente.
Et revenir à un état plus calme peut alors demander un véritable réapprentissage.
Quand l'absence de stress devient une sensation inhabituelle
Notre cerveau apprend par répétition.
Si une personne vit régulièrement dans :
- l'urgence,
- la pression,
- la résolution de problèmes,
- l'anticipation permanente,
cet état peut progressivement devenir une forme de référence.
Pas forcément parce qu'il est agréable mais parce qu'il est connu.
Le système nerveux cherche avant tout la prévisibilité.
Ainsi, une personne habituée à fonctionner en tension peut parfois interpréter le calme comme quelque chose de bizarre.
Elle peut ressentir :
- "je devrais faire quelque chose"
- "j'ai oublié quelque chose"
- "ce n'est pas normal d'être aussi tranquille"
Alors qu'en réalité, il ne se passe rien de dangereux.
Quand notre corps influence notre perception du monde
Nous avons souvent tendance à penser que nos pensées dirigent tout.
Pourtant, la cognition incarnée nous rappelle une chose importante :
Nous ne sommes pas qu'un cerveau qui réfléchit, de notre corps influence nos prises de décisions.
Nos sensations corporelles, nos émotions et notre état physiologique animent aussi notre manière d'interpréter ce qui nous arrive.
Par exemple :
Quelqu'un en état de tension permanente peut percevoir le repos comme une perte de contrôle.
Une personne habituée à l'action peut vivre l'immobilité comme un inconfort.
Le corps envoie des informations au cerveau, et le cerveau construit ensuite une interprétation.
La perception n'est donc pas uniquement une question de volonté.
Pourquoi l'ennui est parfois mal perçu
Notre société valorise énormément la productivité, l'efficacité et la stimulation constante.
Être occupé est souvent associé au fait d'être utile.
A l'inverse, l'ennui est parfois vu comme une perte de temps, un manque d'ambition ou quelque chose à éviter.
A une certaine époque, il était même assimilé à une potentielle révolte c'est pour cela que l'on avait les jeux du cirque à l'empire romain par exemple.
Néanmoins, l'ennui a aussi une fonction.
Lorsque nous ne sommes plus constamment stimulés, notre cerveau peut :
- faire des associations nouvelles,
- intégrer des expériences,
- laisse émerger certaines pensées ou émotions.
Le problème n'est pas l'ennui en tant que tel.
Le problème est, de temps à autre, notre difficulté à rester avec nous-mêmes lorsqu'il apparaît.
Dopamine : pourquoi elle n'explique pas tout
On entend aujourd'hui beaucoup parler de dopamine.
Elle est parfois présentée comme "la molécule du plaisir" ou comme l'explication de notre difficulté à nous concentrer, à ralentir ou à nous ennuyer.
En revanche, cette vision est largement simplifiée.
La dopamine n'est pas simplement un neurotransmetteur qui nous rend "accro au plaisir".
Elle participe aux mécanismes liés à :
- la motivation,
- l'apprentissage,
- l'anticipation,
- la recherche de récompense.
Autrement dit, elle joue un rôle dans la façon dont notre cerveau apprend ce qui mérite notre attention.
Mais nos comportements ne dépendent jamais d'une seule molécule chimique.
Ils émergent d'une interaction entre notre cerveau, notre corps, nos expériences, nos habitudes et notre environnement.
Notre société moderne est particulièrement efficace pour capter notre attention, c'est même devenu un marché.
Les réseaux sociaux en sont un exemple intéressant.
Ce n'est pas uniquement parce qu'ils "libèrent de la dopamine".
C'est aussi parce que leur fonctionnement repose sur des mécanismes d'apprentissage comme :
- nouveauté permanente,
- récompenses imprévisibles,
- notifications,
- défilement infini,
- personnalisation du contenu,
- effet de FOMO ( fear of missing out ).
Notre cerveau apprend alors que quelques secondes peuvent suffire à obtenir une nouvelle information, une surprise ou une validation sociale.
Progressivement, l'absence de stimulation peut sembler plus inconfortable.
Non pas parce que notre cerveau serait "déréglé".
Mais parce qu'il s'est adapté à un environnement qui sollicite constamment son attention.
Et c'est là que l'ennui devient intéressant.
L'ennui n'est pas forcement un manque de stimulation.
Il peut simplement être le contraste entre un cerveau habitué à recevoir constamment des signaux extérieurs... et un moment où ces signaux disparaissent.
Le problème n'est donc pas forcément l'ennui, c'est de temps en temps notre difficulté à retrouver une relation plus équilibrée avec l'attention, le silence et nous-mêmes.
Le danger de la stimulation permanente
Téléphone, notifications, contenus rapides, sollicitations permanentes...
Nous avons aujourd'hui accès à une stimulation presque permanente.
A force, le cerveau peut s'habituer à recevoir régulièrement de nouvelles informations.
Donc le silence peut sembler "vide" et le cerveau a horreur du vide.
Seulement ce vide n'est pas forcément un problème à remplir.
Il peut être un espace où quelque chose se réorganise.
Quand le calme révèle ce que l'agitation cachait
Quelquefois, ce que nous fuyons dans l'agitation n'est pas le calme lui-même.
C'est ce qui apparaît quand il n'y a plus de distraction.
Certaines émotions inconfortables peuvent remonter :
- la tristesse,
- l'inquiétude,
- le questionnements,
- la sensation de vide.
L'activité permanente peut devenir une manière inconsciente d'éviter certaines expériences intérieures.
Pourtant, les émotions, même les inconfortables, ont une fonction et ne devrait pas être éviter. Elles invitent à l'introspection, à bouger nos croyances et notre monde intérieure.
Toutes les émotions valent d'être vécues. Seulement, dans une société ou l'adaptation hédonique est devenu la norme, difficile de leur laisser de la place.
C'est vu comme une faiblesse mais c'est pourtant ce que notre système nerveux a appris pour se protéger comme il le pouvait.
Comment réapprendre à apprécier le calme
Le but n'est pas de devenir quelqu'un qui médite 2 heures par jour ou qui ne ressent plus d'inconfort.
Le but est de retrouver une capacité d'adaptation.
Quelques pistes :
1. Expérimenter l'inconfort sans vouloir immédiatement le supprimer
Une sensation désagréable n'est pas nécessairement un danger.
2. Créer des moments de faible stimulation
Marcher sans téléphone.
Supprimer les notifications et choisir quand aller les voir.
Manger sans écran.
Faire une activité lente.
3. Réhabituer progressivement son système nerveux
Le calme est une compétence qui peut se développer.
4. Questionner son besoin d'être constamment occupé
Par moments, la vraie question n'est pas :
"Comment être plus productif ?"
Mais plutôt :
" Qu'est-ce que j'évite quand je ne m'arrête jamais ?"
Conclusion
Le calme n'est pas toujours difficile parce qu'il est vide.
Il peut être difficile parce qu'il nous met face à un fonctionnement auquel nous ne sommes plus habitués.
Notre cerveau apprend ce que nous répétons.
Notre corps aussi.
Réapprendre à ralentir, ce n'est pas devenir moins ambitieux ou moins actif.
C'est retrouver la capacité de choisir son rythme plutôt que de subir une tension permanente.
Le calme n'est pas l'absence de vie.
C'est parfois l'espace nécessaire pour mieux entendre ce qui se passe en nous.
Je te laisserais avec cette citation d'Emmanuel Levinas :
"L'ennui est le moment où le monde cesse de nous distraire pour nous laisser face à nous-mêmes."
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