Pourquoi avons-nous autant besoin d'avoir raison ?
Introduction
Il suffit d'ouvrir un réseau social pour s'en rendre compte.
Un débat commence.
Puis, très vite, chacun cherche moins à comprendre l'autre qu'à démontrer qu'il a raison.
Mais ce phénomène ne concerne pas uniquement internet.
Dans nos relations, au travail ou en famille, il nous arrive tous de défendre une idée avec une conviction telle qu'il devient difficile d'entendre un point de vue différent.
Est-ce seulement une question d'égo ?
Rien n'est moins sur...
Notre besoin d'avoir raison est aussi lié à la manière dont notre cerveau construit une représentation du monde.
Comprendre ce mécanisme ne signifie pas qu'il faut renoncer à ses convictions.
Cela permet surtout de comprendre pourquoi changer d'avis est souvent beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît.
Notre cerveau cherche avant tout de la cohérence
Nous aimons penser que nos opinions sont le résultat d'une réflexion parfaitement rationnelle.
La réalité est souvent plus nuancée.
Notre cerveau construit progressivement une représentation du monde à partir de nos expériences, de notre éducation, de notre environnement social et de notre culture.
Une fois cette représentation installée, il cherche naturellement à la maintenir cohérente.
Ce n'est pas un défaut, c'est un fonctionnement normal.
Le biais de confirmation
Nous avons tendance à accorder davantage d'importance aux informations qui confirment ce que nous croyons déjà.
A l'inverse, les informations qui remettent nos croyances en question sont souvent minimisées, ignorées ou contestées.
Ce phénomène est connu sous le nom de biais de confirmation.
Il ne concerne pas uniquement les autres.
Nous y sommes tous sensibles.
Les émotions participent aussi à nos convictions
On oppose souvent la raison et les émotions. Cela n'a pas de sens.
Actuellement, mais cela peut changer, les neurosciences montrent qu'elles travaillent ensemble.
Nos émotions participent à la façon dont nous évaluons une situation, prenons une décision ou interprétons une information.
Lorsque quelqu'un remet en question une idée importante pour nous, ce n'est pas seulement une opinion qui est touchée.
Il peut aussi y avoir un sentiment d'insécurité, d'injustice ou de menace.
Nous ne pensons jamais complètement seuls
Nos convictions ne naissent pas dans le vide.
Notre entourage, notre culture, notre parcours de vie et notre contexte socio-économique influencent largement notre manière de voir le monde.
Comme le rappelle la neuroscientifique Samah Karaki, nos pensées sont toujours situées dans un contexte.
Cela ne signifie pas que nous sommes incapables d'esprit critique.
Cela veut simplement dire que nous gagnons à reconnaître que notre pointe revue est toujours partiel.
La nuance : une façon d'ouvrir le dialogue, pas de renoncer à ses convictions
Dans un débat, nuancer est parfois perçu comme un signe d'hésitation.
Comme si reconnaître la complexité d'un sujet revenait à ne pas avoir d'opinion.
La polarisation des débats permet de catégoriser plus facilement et du coup de mieux appréhender l'autre, c'est un outil de notre cerveau. Mais comme nous le savons, de temps en temps il fait des raccourcis...erronés.
La nuance n'est pas l'absence de conviction. C'est la capacité à reconnaître que plusieurs éléments peuvent être vrais en même temps.
Par exemple, une personne peut être responsable de ses comportements...tout en étant influencée par son histoire, son environnement ou son contexte.
Reconnaître cette complexité ne revient pas à excuser, cela permet simplement de mieux comprendre et mieux se comprendre.
A l'inverse, lorsque tout devient binaire, vrai-faux, oui-non, bien ou mal, avec moi ou contre moi, le dialogue laisse souvent place à la fameuse polarisation dont je parlais plus haut.
La nuance ne cherche pas à faire disparaître les désaccords. Elle crée un espace où ils peuvent être explorés sans que chacun ait besoin de défendre son identité à tout prix.
Comprendre le point de vue de l'autre ne signifie pas y adhérer.
Cela veut dire accepter que notre regard ne soit jamais le seul possible.
Nuancer une idée n'affaiblit pas une réflexion. Au contraire, souvent, cela la renforce.
Avoir raison ou comprendre?
Chercher à avoir raison n'est pas toujours le meilleur moyen d'apprendre et il peut même être une entrave à l'esprit critique.
Parfois, accepter qu'une partie ne notre vision puisse évoluer demande davantage de courage que défendre coûte que coûte une certitude.
Comprendre n'oblige pas à être d'accord mais cela ouvre encore plus de possibilités que vouloir absolument convaincre.
Conclusion
Le besoin d'avoir raison n'est pas seulement une affaire d'orgueil.
Il reflète aussi la manière dont notre cerveau cherche à préserver une certaine cohérence dans un monde complexe.
Discerner cela ne nous rend pas moins exigeants intellectuellement bien au contraire :
Cela nous invite peut-être à remplacer une question :
"Comment prouver que j'ai raison ?"
par une autre :
"Qu'est ce que je pourrais encore apprendre ?"
Et si comprendre l'autre ne signifiait pas renoncer à ses convictions, mais enrichir sa manière de penser ?
Nos certitudes façonnent notre manière de voir le monde...mais elles ne racontent jamais toute l'histoire.
Si ces mécanismes t'intéressent, tu trouveras sur ce blog d'autres articles consacrés au fonctionnement humain, aux émotions et aux relations, toujours avec la même idée :
comprendre avant de chercher à changer
Tu peux aussi me contacter pour prendre un rendez-vous et faire un point sur ta situation de vie
Je terminerais avec cette phrase : "Nous ne voyons pas le monde tel qu'il est mais plutôt tel que nous sommes, à travers notre histoire."
"Il voudra toujours mieux débattre d'une question sans parvenir à la régler, que de la régler sans en débattre." Joseph Joubert



