Pourquoi certaines personnes ont peur d'aller mieux

Introduction 

première vue, la question paraît étrange.

Qui pourrait avoir peur d'aller mieux ?

Si on souffre de stress, d'anxiété, d'une relation difficile oui d'un manque de confiance en soi, la logique voudrait que l'on cherche naturellement à s'en sortir, non ? 

Pourtant, il arrive que certaines personnes freinent inconsciemment leur propre changement, leur propre évolution. 

Elles commencent une thérapie ou un coaching, puis arrêtent au moment où les choses évoluent. Elles répètent les mêmes schémas, reviennent vers des situations qui les font souffrir ou trouvent toujours une raison de ne pas passer l'action.

Cela ne signifie pas qu'elles aiment souffrir. 

En revanche, le changement implique souvent de quitter un fonctionnement devenu familier, même lorsqu'il est inconfortable.

​​​​​​​Comprendre cette mécanique permet de porter un regard plus nuancé sur nos difficultés...et d'éviter de se résumer à un simple manque de volonté. 

Notre cerveau préfère souvent le familier à l'inconnu 

Nous l'avons déjà évoqué dans de précédents articles, le cerveau a pour première mission de nous aider à survivre, pas à être heureux. 

Pour cela, il cherche en permanence à prédire ce qui va se passer. 

Or, ce qui est familier est plus facile à anticiper, elle reste connue. 

A l'inverse, aller mieux implique souvent d'entrer dans un territoire où nos repères changent.

Et cette incertitude peut être perçue comme un risque. 

Changer c'est parfois remettre en question une partie de son identité 

Avec le temps, certaines difficultés finissent par faire partie de notre histoire. 

On peut se définir comme :

"Je suis quelqu'un de très anxieux."

"Je suis toujours celui qui aide les autres."

"Je n'ai jamais eu confiance en moi."

​​​​​​​Ces phrases ne décrivent pas seulement un état.

Elles deviennent parfois une manière de se définir. 

Lorsque le changement commence à apparaître, on peut se poser cette question :

Si je ne suis plus cette personne...alors qui suis-je ?

Changer un comportement, c'est parfois aussi reconstruire une partie de son identité. 

Et cela demande du temps.

Et si aller mieux impliquait aussi de redéfinir ce qui signifie "se choisir" ?

Pendant longtemps, beaucoup de personnes ont appris que prendre soin d'elles était une forme d'égoïsme.

A l'inverse, on voit émerger sur les réseaux sociaux un message qui me paraît tout aussi excessif :

"Choisis-toi avant tout le monde." 

Ces deux visions sont, à mon sens, réductrices. 

Se choisir ne signifie pas ignorer les autres. 

Ce n'est pas non plus se sacrifier en permanence pour préserver une relation. 

Se choisir, c'est parvenir à trouver un équilibre sain.

C'est reconnaître que ​​​​​​​tes besoins comptent autant que ceux des autres, sans que les uns prennent systématiquement le dessus sur les autres.

Pour certaines personnes, cette manière plus équilibrée de fonctionner est déstabilisante parce qu'elle est nouvelle. 

Elle remet en question des habitudes parfois construites depuis des années. 

​​​​​​​Et parce que notre cerveau préfère souvent ce qui lui est familier, même lorsque ce fonctionnement nous fait souffrir.

Apprendre à se choisir ne consiste donc pas à devenir plus individualiste mais plutôt de s'éveiller à ne plus disparaître dans la relation, tout en restant capable de créer du lien avec les autres. 

​​​​​​​➡️ Si cette difficulté à "te choisir" te parle, tu peux également lire mon article sur le faux self, où j'explique comment nous pouvons parfois jouer un rôle pour être acceptés.

Les bénéfices secondaires : quand un comportement remplit une fonction 

Attention : parler de bénéfices secondaires ne signifie pas que les personnes choisissent leurs difficultés.

Par contre, certains comportements remplissent parfois une fonction.

Par exemple :

  • éviter certaines situations peut diminuer momentanément l'anxiété ;
  • ​​​​​​​vouloir tout contrôler peut donner une impression de sécurité ;
  • toujours aider les autres peut permettre de se sentir utile ou accepté.

Le problème n'est pas le comportement en lui-même mais bien quand il apparait comme la seule stratégie disponible.

Comprendre la fonction d'un comportement est souvent plus utile que de chercher à le supprimer immédiatement.

Notre corps apprend lui aussi 

​​​​​​​Nos habitudes ne sont pas uniquement mentales mais s'impriment dans le corps. 

Après plusieurs années passées dans un état de vigilance, de stress ou de tension, notre système nerveux peut finir par considérer cet état comme normal et habituel.

Le calme peut alors sembler étrange, voire inconfortable.

Ce n'est pas parce que le calme est dangereux, c'est parce qu'il est devenu moins familier que l'alerte. 

C'est l'un des principes de la cognition incarnée: notre manière de penser dépend aussi de ce que notre corps à appris au fil des expériences de vie.

Quand les boucles de pensées entretiennent parfois le statu quo

Imaginons une personne qui pense :

"Je ne vais pas y arriver."➡️ cette pensée génère de l'inquiétude ➡️ l'inquiétude conduit à éviter l'action ➡️ l'absence d'action empêche de vivre une expérience différente ➡️ et cette absence de nouvelles expériences renforce la croyance de départ.

Une pensée influence une émotion ➡️ l'émotion influence le comportement ➡️ le comportement confirme la pensée ➡️ la boucle se referme.

Le changement ne consiste pas seulement à modifier une idée. Il implique souvent de créer, par étapes, de nouvelles expériences capables de remettre cette boucle en question.

Comprendre ne suffit pas...mais comprendre reste indispensable 

On entend parfois : 

" Je sais tout ça...mais ça ne change rien."

Et c'est vrai...

Comprendre un mécanisme ne suffit pas à transformer durablement un comportement.

En revanche, il est difficile de modifier ce que l'on ne comprend pas.
​​​​​​​La compréhension ne remplace ni l'expérience, ni l'entraînement, ni le temps mais elle permet de savoir sur quoi agir, plutôt que de lutter contre soi-même.

Comment avancer sans se brusquer ?

Il ne s'agit pas de forcer le changement. Ni d'attendre d'être parfaitement prêt car cela n'arrivera sans doute jamais. 

Quelques pistes peuvent être utiles :

  • ​​​​​​​accepter que l'inconfort fasse parfois partie du changement ;
  • identifier ce que vos comportements cherchent à protéger ;
  • expérimenter au fur et à mesure de nouvelles façons d'agir ;
  • ne pas confondre lenteur et échec.

Le cerveau apprend avant tout par l'expérience.

Chaque nouvelle expérience vient progressivement enrichir ce qu'il considère comme possible...et comme sécurisant. 

Conclusion 

​​​​​​​Avoir peur d'aller mieux ne signifie pas que tu aimes souffrir. 

Cela veut dire que parfois ton cerveau tente de préserver un équilibre qu'il connait déjà, même imparfait. 

Le changement ne réside pas à devenir une autre personne.

​​​​​​​Il consiste souvent à élargir lentement ce que ton cerveau considère comme familier et rassurant.

Comprendre ces fonctionnements ne résout pas tout.

Par contre, cela permet souvent de remplacer une question culpabilisante :

"Pourquoi est-ce que je n'y arrive pas ?"

par une question que j'estime plus constructive :

​​​​​​​"Qu'est-ce que mon cerveau essaie de protéger ?" 

Et cette nuance peut déjà transformer la manière dont nous regardons nos difficultés.

 

Si tu as parfois l'impression de répéter les mêmes schémas malgré tes efforts, ce n'est peut-être pas uniquement une question de motivation.

​​​​​​​Comprendre les mécanismes qui influencent tes réactions est souvent une première étape pour construire des changements plus durables.

​​​​​​​Si ces sujets t'intéressent, je t'invite à découvrir les autres articles du blog ou à échanger avec moi.

Une idée reçue à nuancer 

"On entend souvent qu'il suffit de sortir de sa zone de confort pour changer." 

En réalité, le cerveau apprend plus facilement lorsque l'inconfort est progressif et gérable. Une exposition trop brutale peut renforcer le sentiment de menace et consolider les anciennes croyances plutôt que les modifier. L'objectif n'est donc pas de se jeter vers la falaise en hurlant, mais d'élargir petit à petit sa zone d'exposition pour agrandir sa zone de confort. 


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