Quand il est de plus en plus difficile de s'engager, mais pourquoi...?

Introduction 

Il suffit d'observer les relations autour de nous pour avoir cette impression : les rencontres se multiplient, les possibilités semblent infinies, mais construire une relation durable paraît parfois plus compliqué.

On se rencontre, on échange, on se rapproche. Puis, au moment de définir la relation, de s'engager ou de faire des projets à deux, les hésitations apparaissent.

Certains préfèrent garder leur liberté. D'autres ont peur de s'attacher, de souffrir ou de faire le mauvais choix. Et parfois, deux personnes qui s'apprécient réellement finissent par se séparer, non pas parce qu'elles ne ressentent rien l'une pour l'autre, mais parce qu'elles ne parviennent pas à dépasser leurs peurs ou leurs différences.

Alors, sommes-nous devenus incapables de nous engager ? Les relations sont-elles devenues trop compliquées? Ou est-ce simplement que nous ne construisons plus nos couples dans les mêmes conditions que les générations précédentes?

Pour comprendre cette dynamique sociaux-culturel, il faut regarder à la fois l'évolution de notre société et ce qui se joue psychologiquement lorsque nous décidons de faire une place durable à quelqu'un dans notre vie. 

A l'époque de nos grands-parents, on ne construisait pas un couple dans le même monde 

Lorsque nous regardons les couples de nos grands-parents, nous pouvons parfois avoir l'impression qu'ils savaient davantage s'engager. 

On se rencontrait, on se mariait, on fondait une famille et l'on construisait sa vie ensemble? Bien sûr, les histoires étaient loin d'être toutes aussi simples. Le couple s'inscrivait souvent dans un cadre social plus défini.

Le mariage occupait une place centrale. La famille, la religion, les normes sociales et les attentes de l'entourage pesaient davantage sur les choix amoureux. Pour beaucoup, se mettre en couple et fonder une famille constituaient des étapes attendues de l'existence.

La séparation pouvait être socialement mal acceptée, économiquement difficile, voire inaccessible pour certaines personnes, notamment les femmes qui disposaient de moins d'autonomie financière.

Ça ne veut pas dire que les couples d'autrefois s'aimaient moins, ni qu'ils restaient tous ensemble uniquement par obligation. 

En revanche, rester en couple ne signifiait pas nécessairement que l'on avait plus envie de rester : les possibilités de partir étaient aussi différentes.

De nos jours, nous disposons généralement de beaucoup plus de liberté pour choisir notre partenaire, organiser notre vie et mettre fin à une relation qui ne nous convient plus. 

Cette évolution est précieuse et plus que nécessaire. Elle permet de quitter des situations insatisfaisantes ou destructrices et de ne plus considérer le couple comme une obligation à vie.

Cette liberté a aussi une conséquence : si nous sommes moins contraints de rester, nous devons nous demander beaucoup plus pourquoi nous voulons le faire.

Auparavant, une partie du cadre était donnée par la société. Aujourd'hui, il nous revient davantage de définir ce que nous attendons d'une relation, ce que nous sommes prêts à construire et ce que signifie, pour nous, s'engager.

Nous avons gagné en liberté de choix, mais nous devons davantage construire nous-mêmes le sens de notre engagement.

Quand le couple doit répondre à toutes nos attentes 

Le couple contemporain occupe une place particulière dans nos vies.

On attend souvent de notre partenaire qu'il soit à la fois un amoureux, un confident, un soutien émotionnel, un complice, un partenaire sexuel, un ami et quelqu'un avec qui construire des projets.

Nous voulons de la sécurité, mais aussi de la nouveauté. De la stabilité, mais pas de routine. De l'autonomie, mais aussi de la proximité. Nous souhaitons être acceptés tels que nous sommes, tout en espérant que la relation nous aide à évoluer.

Prise une par une ces attentes ne sont pas forcément excessives. Mais attendre d'une seule relation qu'elle réponde à tous ces besoins, sans savoir toujours lesquels sont essentiels pour nous devient un problème.

Surtout qu'à l'époque de nos grands-parents ces rôles étaient tenu par un cercle social et non par une seule et même personne. D'ailleurs en lisant ces lignes peut-être que toi aussi tu commences à trouver cela absurde... non ?

Dans ces conditions, le partenaire devient alors bien plus qu'une personne avec laquelle partager notre vie. Il devient parfois celui qui doit nous comprendre, nous rassurer, nous valoriser et contribuer à notre épanouissement.

Et lorsque la relation ne répond plus à ces attentes ( parfois irréalistes ), le doute peut rapidement arriver. 

Est-ce vraiment la bonne personne ? Est-ce que je mérite mieux ? Est-ce que cette relation me correspond encore ? 

L'idée ici n'est pas de renoncer à ses attentes ou de rester dans une relation insatisfaisante. 

Il convient tout de même de reconnaître que plus nous attendons du couple qu'il réponde à toutes nos aspirations, plus il devient difficile de trouver une relation qui semble suffisamment satisfaisante.

Une relation réelle implique des frustrations et des moments où nos besoins ne sont pas parfaitement alignés.

Le partenaire ne répond peut-être pas à toutes mes attentes mais quelles attentes sont essentielles, lesquelles peuvent être négociées et lesquelles relèvent d'une idéalisation du couple ?

Autre question que tu peux te poser : Qu'est ce que moi j'ai à apporter dans la relation ? 

Aller avoue-le on se pose rarement voir jamais la question, tu n'es pas d'accord ? 

La multiplication des possibilités : et si nous avions peur de choisir ?

Les applications de rencontre ont profondément modifié la manière dont beaucoup de personnes font des rencontres.

Il est désormais possible d'échanger avec plusieurs personnes, de découvrir rapidement de nouveaux profils et d'avoir le sentiment que d'autres possibilités restent accessibles. 

Cette abondance peut être agréable. Elle permet de rencontrer des personnes que nous n'aurions probablement jamais croisées dans notre quotidien mais elle peut, aussi, entretenir une forme de comparaison permanente.

Choisir une personne c'est fatalement renoncer à toutes les autres personnes potentielles, même si je ne connais pas ces personnes. C'est une illusion de choix mais notre cerveau n'intègre pas cela. 

Nous avons l'impression qu'il existe toujours quelqu'un de plus compatible, de séduisant ou de plus intéressant quelque part, il devient difficile de considérer notre choix comme le bon. 

Nous pouvons alors entrer dans une logique de recherche : observer les défauts, comparer les relations, attendre un sentiment plus intense ou interpréter la moindre difficulté comme un signe que nous nous sommes trompés. 

Beaucoup de choix n'est pas un problème en soi. Par contre, croire que nous devrions pouvoir choisir sans rien perdre, sans renoncer à aucune possibilité et sans jamais nous demander ce qui aurait pu se passer autrement, c'est déjà plus compliqué.

Or, s'engager implique précisément une forme de renoncement.

Choisir une personne, ce n'est pas démontrer qu'elle est objectivement la meilleure parmi toutes celles qui existent. C'est décider de construire quelque chose avec elle, parce que cette relation nous correspond suffisamment et que nous souhaitons lui donner une chance réelle. 

A force de vouloir préserver toutes les possibilités, nous pouvons finir par ne nous engager pleinement dans aucune. 

La peur de souffrir : se protéger ou se fermer à la relation ?

Il serait pourtant trop simple d'expliquer les difficultés d'engagement par la multiplication des choix.

Pour certaines personnes, s'engager signifie aussi prendre un risque affectif. Et soyons honnête, c'est en partie vrai. Décider de s'impliquer dans une relation implique beaucoup de courage, mais aussi une prise de risque. Nous sommes en plein choix non mentalisable. (cf article sur la prise de choix )

S'attacher, c'est donner de l'importance à quelqu'un. C'est accepter que ses paroles, ses décisions et son absence puissent nous toucher. C'est aussi reconnaître que nous ne maîtrisons pas entièrement ce qui se passera dans la relation.

Après une rupture douloureuse, une trahison ou une relation marquée par l'insécurité, il est compréhensible de vouloir se protéger. 

On peut alors se dire : 

Je préfère rester libre.

Je ne veux plus dépendre de quelqu'un.

Je ne veux plus revivre ce que j'ai vécu.

Ces décisions peuvent être parfaitement cohérentes. Rester célibataire peut être un choix heureux et assumé, et prendre son temps avant de s'engager peut être une manière saine de se respecter. 

Une dynamique peut en revanche s'installer. 

Nous voulons rencontrer quelqu'un, mais nous redoutons ce que cela implique. Nous souhaitons être aimés, mais nous craignons de devenir dépendants. Nous aimerions construire une relation, mais nous interprétons la vulnérabilité qu'elle exige comme une menace.

Nous pouvons alors rechercher la proximité tout en prenant nos distances dès que la relation devient plus sérieuse. ( cf l'article sur l'attachement...) 

Ce fonctionnement n'est pas forcément conscient. Il peut correspondre à une manière apprise de gérer l'attachement et de limiter le risque de souffrir. 

Paradoxalement, si cela devient une sorte de mécanisme automatique, on peut finir par se priver d'une relation précisément pour éviter la douleur qu'elle pourrait nous causer.

La protection remplie tellement bien son job qu'elle nous protège aussi de ce que nous souhaitons vivre. 

Toutes les personnes qui hésitent à s'engager n'ont pas peur de l'intimité.

L'enjeu est plutôt de distinguer deux situations : ne pas vouloir réellement de cette relation, ou la vouloir tout en redoutant ce qu'elle nous demanderait.

Ces deux réalités se ressemblent mais elles ne racontent pas la même histoire.

Nous voulons être libres sans toujours accepter ce que la relation implique

La développement personnel a engendré une chose particulièrement marqué dans notre société : la liberté de choisir son existence. C'est une bonne chose, bien sûr, jusqu'à ce que cela me freine dans mes relations.

Nous souhaitons pouvoir faire nos propres choix, poursuivre nos projets, préserver notre identité et ne pas dépendre excessivement d'une autre personne.

C'est une aspiration légitime. 

Mais une relation durable suppose aussi de composer avec quelqu'un qui ne pense pas toujours comme nous, qui a ses propres besoins, ses contraintes et ses priorités.

Il faut parfois négocier, trouver un terrain d'entente, renoncer à certaines envies ou accepter que l'autre ne soit pas disponible au moment où nous le souhaiterions.

Une autre chose, a mon sens, que nous avons tendance à difficilement conscientiser , c'est qu'en s'engageant avec une personne nous sommes en partie responsable de son bonheur ou de son malheur. C'est une responsabilité hautement terrifiante.

Nous interprétons toute contrainte comme une perte de liberté. 

​​​​​​​Pourtant, s'impliquer dans une relation ne signifie pas fatalement abandonner son autonomie. Cela veut dire accepter que nos décisions ne concernent plus toujours uniquement nous-mêmes et que certaines choses se construisent à deux. 

​​​​​​​La liberté dans un couple ne consiste pas à ne jamais avoir de comptes à rendre ni à ne jamais adapter ses choix.

S'impliquer dans une relation est possible sans s'y perdre, en posant des limites sans éviter les désaccords et préserver son individualité tout en tenant compte de l'autre.

S'engager, c'est accepter de ne pas tout savoir à l'avance

On ne peut pas savoir si une relation va fonctionner avant de nous y investir vraiment. 

On veut être certains de nos sentiments, de la compatibilité avec l'autre, de notre capacité à traverser les difficultés et de la solidité de ce que nous construisons.

Mais comment savoir ce que deviendra une relation avant de l'avoir vécue ?

Cela ne veut pas dire qu'il faut se jeter dans une relation sans percevoir les signaux d'alertes quand il y en a ou faire confiance à n'importe qui. 

La relation se construit à travers les expériences partagées, les conversations difficiles, les ajustements et la façon dont chacun réagit lorsque les choses ne se passent pas comme prévu. 

On aura jamais la garantie que tout fonctionnera mais nous pouvons choisir de nous investir tout en sachant que cet engagement ne nous oblige pas à accepter l'inacceptable ni rester à n'importe quel prix.

S'engager, ce n'est pas être certain que l'histoire sera parfaite. C'est accepter de lui donner une chance sans exiger de connaître toute la suite à l'avance.

​​​​​​​Comment s'ouvrir à l'engagement sans se forcer ?

S'ouvrir à l'engagement ne veut pas dire faire taire ses doutes ni accepter une relation qui ne nous convient pas.

C'est plutôt de discerner ce qui relève d'une réelle incompatibilité de ce qui vient d'une peur de souffrir, de perdre sa liberté ou devenir dépendant. 

Une émotion mérite d'être écoutée, mais elle ne constitue pas toujours une consigne à suivre.

Avancer progressivement 

Un engagement ça se construit au fil des échanges, des expériences et de la confiance. 

Nous pouvons accepter davantage de proximité, exprimer nos besoins et apprendre à connaître l'autre sans exiger de savoir immédiatement où la relation nous mènera. 

Nous n'avons pas besoin de connaître toute l'histoire pour accepter d'en écrire les premières pages.

Mettre des mots sur ses peurs 

Lorsque nous avons peur, nous pouvons prendre nos distances ou éviter certaines conversations. Mais l'autre risque alors d'interpréter notre comportement comme du désintérêt ou un rejet.

Dire ce que nous ressentons permet de construire une relation plus sincère : 

"J'ai envie de continuer à te connaître, mais j'ai parfois besoin de temps lorsque je me sens proche de quelqu'un."

Être vulnérable, ce n'est pas supprimer ses protections, c'est apprendre à ne pas toujours en dépendre.

Accepter une part de risque ​​​​​​​

Aucune relation ne garantit de ne jamais souffrir. En revanche, nous pouvons apprendre à poser nos limites, à communiquer et à observer si l'autre se montre respectueux et fiable.

Faire confiance ne signifie pas tout accepter, cela signifie avancer sans chercher à tout contrôler, tout en restant capable de nous protéger.

Préserver sa liberté 

Le couple ne devrait pas nous obliger à abandonner notre identité, nos projets ou notre autonomie.

Il peut être utile de préciser ce que nous craignons vraiment de perdre : notre temps, notre indépendance, nos habitudes ou notre capacité à décider pour nous-mêmes.

On ne devrait pas choisir entre être libre ou être en couple mais construire une relation dans laquelle les deux sont possibles.

Ne pas confondre inconfort et incompatibilité 

Une relation peut réveiller des peurs sans être mauvaise pour nous. Un désaccord, une émotion forte ou la peur de s'attacher ne sont pas toujours des signes de danger. 

​​​​​​​Il est important de se demander : 

Cette relation ne me convient-elle pas réellement, ou me confronte-t-elle à une peur que je pourrais apprendre à comprendre ?

​​​​​​​S'ouvrir à l'engagement ne veut pas dire se forcer à rester. Cela peut simplement vouloir dire ne plus fuir automatiquement dès qu'une relation commence à compter.

L'objectif n'est pas de ne plus avoir peur de s'attacher, mais de ne pas laisser nos peurs décider systématiquement à notre place.

Conclusion 

Il est tentant de conclure que les gens ne veulent plus s'engager, que les relations sont devenues superficielles ou que notre époque a perdu le goût de construire quelque chose de durable.

Cette lecture est trop simpliste à mon sens.

Les normes sociales ont changé, les possibilités de rencontre se sont multipliées et l'autonomie individuelle occupe une place plus importante dans nos choix. En parallèle, certaines personnes doivent composer avec des attentes élevées, la peur de souffrir, la difficulté à abandonner d'autres possibilités ou l'incertitude inhérente à toute relation.

Les couples d'autrefois n'étaient pas forcement plus heureux, les relation d'aujourd'hui ne sont pas condamnées à être fragiles.

On dispose de plus de possibilités pour choisir la vie que nous souhaitons mener, et cela nous oblige à réfléchir davantage à ce que l'on veut construire.

Il n'existe pas une seule bonne manière de vivre en couple. Le célibat peut être un choix épanouissant, tout comme l'engagement peut être une expérience riche lorsqu'il est librement consenti et respectueux de chacun.
Se mettre en couple à tout prix n'est pas un enjeu crucial. 

L'enjeu réside plutôt dans le fait de comprendre ce qui guide nos choix, et ne pas laisser nos peurs, nos habitudes ou la comparaison avec les autres décider à notre place.

Au fond, s'impliquer en couple ne veut pas dire renoncer à sa liberté. C'est décider ce que l'on souhaite en faire, et avec qui l'on a envie de construire quelque chose. 

Tu te reconnais dans cette hésitation entre l'envie d'une relation et la peur de ce qu'elle implique ?

Un premier échange peut permettre de prendre du recul sur ton fonctionnement, de mieux comprendre tes attentes et d'identifier ce qui t'empêche éventuellement d'avancer.

Pas pour te convaincre de te mettre en couple, mais pour t'aider à faire des choix plus conscients, en accord avec ce que tu veux vraiment vivre. 

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