Rancune et vengeance : pourquoi se venger ne nous libère pas vraiment

Introduction 

Il y a des blessures que l'on n'oublie pas facilement.

Une trahison, une injustice, une humiliation, une rupture ou encore une parole qui fait mal.

Et parfois, quelque chose reste...

La colère passe peut-être... mais la rancune, elle, reste.

On repense à ce qui s'est passé. On pense, si il ou elle m'aime il/elle n'aurait pas fait ça.

​​​​​​​On refait la scène, on imagine ce qu'on aurait dû répondre. 

​​​​​​​Et parfois, une envie apparaît :

" J'aimerais qu'il comprenne ce qu'il m'a fait." 

ou plus directement : 

" J'aimerais qu'il souffre autant que moi."

C'est là que la vengeance peut entrer en scène. 

Elle donne parfois l'impression de reprendre le contrôle, de rétablir un équilibre voir une sorte de justice. 

De faire payer l'autre.

Et sur le moment, il est possible que cela procure effectivement une forme de satisfaction.

Mais ce soulagement est généralement ponctuel parce qu'une fois la vengeance accomplie, que restera-t-il ?

La blessure n'a pas forcement disparu, la relation n'est pas réparée. 

L'histoire peut même continuer sous une autre forme. 

La rancune entretient la colère, et la vengeance peut alimenter la rancune.

Un cercle dans lequel nous continuons parfois à être liés à la personne dont nous voulions justement nous libérer.

Pourquoi la rancune s'installe-t-elle ?

La rancune arrive souvent lorsqu'une situation est vécue comme profondément injuste ou lorsque nous avons le sentiment de ne pas avoir obtenu réparation. 

Nous pouvons penser :

" Ce n'est pas normal ce qui m'est arrivé."

Et parfois, nous avons raison.

Certaines choses sont effectivement injustes. Certaines nous blessent réellement.

Cependant, je ne suis pas convaincu par une idée ambiante qui consiste à dire que l'autre me ferait du mal dans une intention consciente de me faire mal. Je pense que chacun agit selon sa propre vision du monde et comme nous avons tous notre propre grille de lecture de la vie, il peut nous arriver tout à chacun de faire mal sans le vouloir. 

Loin de moi ici l'idée de minimiser la douleur des uns et légitimer les actes blessants des autres, mais je trouvais important d'apporter cette nuance. 

​​​​​​​Cette distinction faite, le problème n'est donc pas de reconnaître l'injustice.

Le soucis se présente lorsque l'évènement continue à occuper une place considérable dans notre vie longtemps après qu'il s'est produit. 

Nous pouvons continuer à nous raconcter l'histoire. Encore et encore. 

Avec les mêmes images, les mêmes reproches, les mêmes " pourquoi" ?".

​​​​​​​La personne n'est peut-être plus présente dans notre quotidien mais elle continue d'exister dans notre esprit. 

La vengeance donne une impression de contrôle 

Lorsque nous avons été blessés, nous pouvons ressentir quelque chose de particulièrement inconfortable : 

l'impuissance.

Nous n'avons pas choisi ce qui nous est arrivé. 

Nous n'avons pas pu empêcher l'autre d'agir. 

Nous n'avons peut-être pas pu nous défendre comme nous l'aurions voulu, nous n'avons pas su possiblement poser de limites.

La vengeance peut alors donner l'impression de reprendre le pouvoir. 

" Cette fois, c'est moi qui décide." 

Et cette sensation de contrôle peut être réelle voir jouissive, au moins momentanément.

Seulement, elle ne résout pas ce qui se trouve derrière.

Elle ne rend pas le temps, elle ne supprime pas la blessure, elle ne change pas ce qui s'est passé. 

Elle peut simplement ajouter une nouvelle action à une histoire déjà douloureuse.

Et parfois, cette nouvelle action crée de nouvelles conséquences. 

La vengeance : quand elle entretient le lien 

C'est probablement l'un des paradoxes les plus intéressants.

On peut vouloir se venger pour se débarrasser de quelqu'un. 

Néanmoins, la vengeance peut nous maintenir psychologiquement attaché à cette personne. 

On continue à penser :

Est-ce qu'il a vu ?"

" Est-ce qu'elle regrette ?"

"Est-ce qu'il souffre maintenant ?"

"Est-ce qu'elle a compris ?"

Autrement dit, même après avoir agi, notre attention reste tournée vers l'autre. 

Nous pensions reprendre notre liberté mais nous continuons à attendre quelque chose de lui. 

Une réaction, des regrets, une souffrance, une reconnaissance peut-être.

Et tant que nous attendons cette réaction, une partie de notre pouvoir reste paradoxalement entre ses mains. 

​​​​​​​La vengeance peut créer un cercle vicieux

La personne nous blesse, nous ressentons de la colère et nous cherchons à lui rendre ce qu'elle nous a fait. 

Elle réagit à son tour, nous nous sentons à nouveau attaqués, nous répondons. 

Et ainsi de suite.

La situation initiale devient alors le point de départ d'une succession de réactions. 

Blessure ➡️ colère ➡️ vengeance ➡️ nouvelle blessure ➡️ nouvelle colère.

L'ennui est que chaque personne peut avoir l'impression de ne faire que répondre à ce que l'autre vient de faire. 

Personne ne se considère réellement comme celui qui entretient le conflit. 

Chacun pense simplement se défendre. 

C'est ainsi qu'un conflit peut continuer beaucoup plus longtemps que l'évènement qui l'a provoqué. 

Et la rancune dans tout ça ?

La rancune peut être moins spectaculaire que la vengeance. Elle ne se voit pas forcément.

On ne fait rien, on ne dit rien mais intérieurement, l'histoire continue.

On garde le dossier ouvert, on se souvient, on compare. 

​​​​​​​On attend parfois que l'autre reconnaisse sa faute. 

Et lorsqu'on y repense, la colère revient. 

La rancune peut alors donner l'impression que nous n'oublions pas ce que l'autre nous a fait. 

Comme si oublier signifiait minimiser. 

Comme si pardonner signifiait donner raison. 

Toutefois, il existe une différence entre ne pas oublier et continuer à vivre dans l'évènement.

​​​​​​​Pardonner ≠ d'excuser 

C'est nuance est importante.

On entend parfois : 

​​​​​​​" Il faut pardonner pour avancer." 

Mais pardonner ne devrait pas être une obligation.

​​​​​​​Pardonner c'est plutôt : 

" Je pardonne pour me laisser de la place pour avancer. Je pardonne pour moi."

Et surtout, pardonner ne veut pas dire forcément:

" Ce que tu as fait n'était pas grave." 

​​​​​​​On peut considérer qu'une personne nous a profondément blessé. 

​​​​​​​On peut décider de ne plus avoir de relation avec elle.

​​​​​​​On peut aussi poser des limites, un cadre. 

On peut même considérer qu'elle doit répondre de ses actes, se responsabiliser.

Sans pour autant vouloir passer le reste de sa vie à la punir mentalement. 

Se libérer de la rancune n'équivaut pas à réécrire l'histoire.

Cela révèle de temps à autre à arrêter de laisser cette histoire décider de notre présent.

Alors, que faire de tout ça...?

La question se pose maintenant : " Comment traverser tout ça sans y laisser trop de plumes ?" 

1. Retrouver le sens 

Plutôt que d'entretenir la rumination en se disant :

"Quelle narratif me permet de justifier ma colère?" 

mais plutôt :

" Quelle compréhension de l'évènement est suffisamment cohérente avec se qui s'est vraiment passé ?

C'est très important parce que l'incertitude entretient énormément la rumination. 

2. Restaurer un sentiment de contrôle 

Il faut déplacer le contrôle de façon saine. 

Je pars de :

" Je voudrais contrôler se qu'il a fait."

ou

​​​​​​​"Je voudrais contrôler ce qu'il pense." 

Tout cela est illusoire et néfaste pour nous.

Il faut revenir à quelque chose de plus réaliste comme :

" Je peux contrôler ce que je fais maintenant de cette histoire." 

Je remets du sens là où il n'y en avait plus. 

Cela peut être :

  • poser une limite ; 
  • couper contact ;  
  • demander réparation ;
  • porter plainte (dans certains cas plus grave) ;
  • avoir une conversation ; 
  • ​​​​​​​décider de ne plus investir dans cette relation ;
  • changer son comportement futur .

​​​​​​​Le contrôle devient comportemental et présent​​​​​​​, plutôt que rétrospectif.

3. Transformer la rumination en réflexion 

La rumination entretient la boucle. 

"Pourquoi a-t-il fait ça ?" = entretient la rumination.

" Qu'est-ce que cet événement m'apprend sur cette personne, sur moi et sur les limites que je dois poser ?" = potentielle décision pour redevenir proactif.

4. Et finalement : décider ce qu'on fait de la transgression 

C'est ici que le pardon ​​​​​​​peut intervenir, mais il faut absolument le distinguer de plusieurs choses. 

Ça ne veut pas dire minimiser les faits, ni que je dois reprendre cette personne dans ma vie. Non plus que ma colère n'est pas légitime.

Le pardon doit être plutôt vu comme une diminution des motivations négatives envers l'autre et une transformation de la réponse émotionnelle.

On peut donc formuler une phrase qui dirait quelque chose comme : 

" Ce que tu as fait était grave pour moi. Je ne veux plus de cette relation avec toi. Mais je ne veux plus consacrer ma vie mentale à te punir."

On peut le voir comme une forme de récupération de contrôle nécessaire pour traverser la colère.

​​​​​​​Conclusion 

La rancune peut donner l'impression de protéger quelque chose. 

Notre dignité, notre mémoire, notre sentiment de justice. 

​​​​​​​Et la vengeance peut donner, au moins un court instant, une impression de contrôle.

Mais ce contrôle est souvent ponctuel.

La vengeance ne change pas le passé. Elle ne garantit pas la réparation. 

Et elle peut même parfois créer un nouveau conflit qui entretient exactement ce dont nous cherchions à nous libérer.

Quant à la rancune, elle peut maintenir la blessure active longtemps après que l'évènement est terminé.

La rancune n'est pas toujours bonne conseillère.

Elle peut nous rappeler que quelque chose nous fait mal. 

Mais elle n'est pas systématiquement la meilleure chose pour décider de ce que nous devons faire ensuite. 

Se libérer de la rancune ne veut pas dire s'excuser. Cela ne veut pas dire oublier.

C'est se dire : "Ça fait maintenant partie de mon histoire mais je ne veux plus que ça dirige ma vie."

La vraie reprise de contrôle commence lorsque nous n'avons plus besoin que l'autre souffre pour aller mieux.

  Tu te reconnais dans cet article ?

Certaines blessures, certaines injustices ou certaines relations prennent encore, parfois, beaucoup de place même si c'est le passé. 

Faire un pas de côté peut permettre de mieux comprendre la colère, la rancune et se qu'on souhaite vraiment en faire.

Dans le cadre d'un accompagnement individuel, je peux t'aider à mettre en lumière ce que tu vis, à mieux comprendre tes mécanismes et identifier des pistes d'actions concrètes et durables.

Tu souhaites faire le point sur ta situation ? Prends contact pour un rendez-vous en cliquant en haut de la page.

 

 

 

 


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