La honte : pourquoi est-elle si difficile à traverser ?

Introduction 

Il y a des émotions que nous acceptons assez facilement. 

La tristesse peut être exprimée. La colère peut être expliquée.

La peur peut être comprise.

Et puis il y a la honte. 

Cette émotion que l'on aimerait parfois faire disparaître avant même d'avoir essayé de comprendre ce qu'elle nous fait. 

La honte ne dit pas seulement : 

" J'ai fait quelque chose de mal."

Elle peut aller beaucoup plus loin : 

" Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi." 

Et c'est probablement ce qui la rend si difficile à traverser.

Elle ne remet pas en question juste ce que l'on a fait. 

Elle remet en cause l'image que nous avons de nous-mêmes.

Face à cette émotion particulièrement inconfortable, nous développons parfois des stratégies pour nous en protéger. 

Certaines personnes vont s'attaquer elles-mêmes.

D'autres vont attaquer les autres.

Certaines vont éviter. 

Et d'autres vont se retirer. 

​​​​​​​Ces réactions peuvent sembler très différentes.

Mais elles ont toutes le même objectif:

essayer de ne pas ressentir cette honte. 

La honte : " J'ai fait quelque chose de mal" ou " je suis quelqu'un de mauvais " ?

D'abord c'est quoi la honte ? 

A l'inverse de la tristesse ou la colère par exemple qui sont des émotions primaires, la honte est se qu'on appelle une émotion composée.

C'est-à-dire que c'est une émotion qui combine : la peur (du rejet ou du jugement), la tristesse ( lier à l'estime de soi) et la colère (souvent dirigé envers soi-même).

Elle s'accompagne d'une baisse de l'estime de soi et d'une certaine impuissance. 

Il est aussi important de la distinguer de la culpabilité. 

La culpabilité peut nous amener à penser :

​​​​​​​" J'ai fait quelque chose de mal." 

La honte, quant à elle, peut davantage ressembler à :

" Je suis mauvais(e)." 

Cette distinction est importante. 

Là où la culpabilité porte plus sur un comportement et peut amener à une réparation. 

La honte, elle, touche à l'identité. 

Elle peut donner l'impression que le problème ne se situe pas dans ce que nous avons fait, mais dans ce que nous sommes. 

​​​​​​​C'est notamment pour cette raison qu'elle peut être particulièrement douloureuse.

​​​​​​​Si je pense avoir fait quelque chose de mauvais, je peux éventuellement réparer, m'excuser ou modifier mon comportement. 

Mais si je pense que je suis le problème, que puis-je réparer ? 

C'est là que la honte peut devenir enfermante. 

Pourquoi avons-nous autant de mal à traverser la honte ? 

La honte nous confronte à quelque chose de profondément humain : 

le regard de l'autre.

Être accepté par un groupe, appartenir, être reconnu et conserver sa place auprès des autres ont longtemps été des enjeux importants pour notre survie sociale. 

La honte peut donc être vécue comme une menace relationnelle :

" Si il voit qui je suis réellement, il va me rejeter." 

Et lorsque cette peur apparaît, notre cerveau peut chercher rapidement une manière de nous protéger. 

C'est ici que peuvent survenir différentes réactions. 

Il existe 4 grandes stratégies d'adaptation à la honte. 

1. L'attaque de soi : " Le problème, c'est moi"

La première réaction consiste parfois à retourner la honte contre soi. 

On se critique. On se dévalorise. 

On se traite de nul, d'incapable, de ridicule. 

On repense à la scène encore et encore. On rumine. 

" Comment ai-je pu faire ça ?"

" Je suis vraiment idiot(e)." 

A première vue, cela peut sembler être une forme de punition mais l'attaque de soi peut aussi donner une illusion de contrôle. 

Si je suis capable de trouver moi-même ce qui ne va pas chez moi, peut-être que je pourrai éviter que les autres le fassent. 

Le problème est que cette stratégie entretient souvent la honte. 

Plus je me répète que je suis nul, plus je renforce l'image de moi-même qui provoque justement cette émotion. 

La honte devient alors son propre cercle vicieux. 

2. L'attaque de l'autre : " Ce n'est pas moi, c'est toi"

Deuxième réaction pas beaucoup mieux que la précédente, elle consiste à déplacer la honte vers l'extérieur. C'est alors l'autre le problème.

Critiquer, accuser, rabaisser ou se mettre en colère.

​​​​​​​Quelque fois même attaquer verbalement la personne qui nous a confrontés à quelque chose de douloureux. 

Cette réaction peut sembler très éloignée de la honte. Pourtant, elle peut fonctionner comme une protection.

Si je parviens à faire en sorte que l'autre soit celui qui a tort, je n'ai plus besoin de rester face à ce que je ressens. 

La colère peut alors devenir une sorte d'armure. 

Le problème est évidemment qu'elle peut abîmer les relations et empêcher toute réflexion sur ce qui vient vraiment de se passer.

3. L'évitement : " Je préfère ne pas y penser" 

Par moment, la meilleure manière de ne plus ressentir la honte semble être de ne plus se retrouver dans les situations qui pourraient la provoquer. 

On évite une personne ou une conversation. 

Une situation sociale ou une prise de parole. 

​​​​​​​Ou bien une nouvelle rencontre. 

On peut même éviter certaines situations dans lesquelles on pourrait échouer ou être jugé.

Sur le moment, cela fonctionne. L'émotion diminue.

​​​​​​​Mais le cerveau peut alors apprendre quelque chose :

​​​​​​​" J'ai évité cette situation et je me sens mieux. Donc cette situation devait être dangereuse." 

​​​​​​​L'évitement peut ainsi soulager immédiatement tout en renforçant la peur à long terme. 

Et plus on évite, plus le retour dans cette situation peut devenir difficile. 

4. Le retrait : " je disparais" 

Cette quatrième réaction me semble être la pire des quatre. 

Le retrait ressemble à l'évitement, mais il peut aller plus loin. 

Il ne s'agit plus seulement d'éviter une situation. 

Il peut s'agir de se retirer de la relation elle-même.

Ne plus répondre, s'isoler, ne plus demander d'aide ou ne plus montrer ce que l'on ressent. 

Par moment, on aimerait simplement devenir invisible parce que si personne ne nous voit, personne ne peut nous juger. 

Le retrait peut alors donner une impression de sécurité. 

​​​​​​​Mais il peut aussi renforcer la solitude et empêcher l'expérience dont nous aurions parfois le plus besoin :

être vu avec nos imperfections et constater que nous pouvons malgré tout rester accepté.

Quatre réactions différentes, une même émotion 

Attaque de soi. 

Attaque de l'autre. 

Évitement.

Retrait. 

Quatre réaction mais un objectif commun : 

nous protéger de la honte. 

Le problème n'est pas nécessairement d'avoir l'une de ces réactions. 

​​​​​​​Nous pouvons tous avoir tendance à nous défendre d'une manière ou d'une autre. 

L'ennui apparaît lorsque cette stratégie devient automatique et entrave notre faculté à comprendre ce qui se joue vraiment sur l'instant.

Traverser la honte ne veut pas dire aimer ce qui s'est passé 

C'est une nuance importante.

Traverse la honte ne veut pas dire : 

" Tout va bien, je n'ai rien fait de mal."

Ce n'est pas non plus chercher à se convaincre que nous sommes parfaits.

Il peut être possible de reconnaître une erreur, de regretter un comportement ou de prendre la responsabilité de ce que nous avons fait sans transformer cette erreur en jugement définitif sur notre valeur personnelle. 

​​​​​​​On peut avoir fait quelque chose que l'on regrette. 

​​​​​​​On peut avoir blessé quelqu'un.

On peut avoir échoué. 

Et pourtant continuer à considérer que l'on est une personne capable d'apprendre, de réparer et d'évoluer.

La honte dit souvent : 

" Voilà qui tu es." 

La réfléxion permet parfois de revenir à : 

" Voilà ce qui s'est passé. Maintenant, qu'est-ce que j'en fais ?" 

La différence est immense.

Et si la vulnérabilité était une partie du chemin ? 

La honte nous pousse souvent à nous cacher. 

Pourtant, certaines expériences peuvent progressivement nous apprendre qu'être imparfait ne veut pas dire forcément être rejeté.

Parler à quelqu'un de confiance. 

​​​​​​​Mettre des mots sur ce que l'on ressent.

Reconnaître une erreur. 

Demander de l'aide. 

Accepter de ne pas contrôler complètement l'image que l'autre peut avoir de nous.

Ce sont des épreuves qui peuvent sembler particulièrement difficiles lorsque l'on ressent de la honte.

En revanche, elles permettent parfois de découvrir quelque chose d'important : 

nous pouvons être vus tels que nous sommes sans à chaque fois rejetés. 

La honte cherche souvent à nous isoler. 

​​​​​​​La relation peut de temps à autre nous aider à retrouver notre place. 

Conclusion 

​​​​​​​La honte est une émotion difficile parce qu'elle touche quelque chose d'intime :

​​​​​​​notre rapport à nous-mêmes et notre peur du regard des autres. 

Face à elle, nous pouvons nous attaquer.

Attaquer les autres. Éviter ou nous retirer. 

​​​​​​​Ces réactions ne font pas de nous des personnes faibles, agressives ou lâches.

Elles peuvent être des tentatives de protection face à une émotion très douloureuse.

Or comprendre ces mécanismes permet de commencer à distinguer ce que nous ressentons de ce que nous sommes.

Et peut-être que traverser n'a pas pour but de ne plus jamais avoir honte. 

Cela réside plutôt dans le fait de se dire : 

" J'ai honte de ce qui s'est passé. Mais ce sentiment ne définit pas entièrement qui je suis."

Une erreur peut parler de nos actes. Une émotion peut parler de ce que nous vivons. 

​​​​​​​Mais aucune des deux ne résume à elle seule une personne. 

​​​​​​​"Les émotions non exprimées ne meurent jamais. Elles sont enterrées vivantes et libérées plus tard de façon plus laide." Sigmund Freud

➡️ Tu t'es reconnu dans cet article ?

La honte peut de temps en temps être difficile à comprendre lorsqu'elle nous fait nous juger très durement, nous isoler ou éviter certaines situations.

Mettre des mots sur ce qui se passe peut être une étape pour prendre du recul et retrouver davantage de choix dans sa manière de réagir. 

Dans le cadre d'un accompagnement individuel, je peux t'aider à mieux comprendre tes mécanismes, à prendre du recul sur ce que tu vis et à réfléchir à des changements concrets et durables. 

Tu souhaites en parler ? Prend rendez-vous pour un premier échange ou directement par téléphone. 

Comprendre ce que l'on ressent ne fait pas disparaître tout de suite l'émotion mais cela peut permettre de ne plus être entièrement dirigé par elle. 

 

 

 

 

 


Lire les commentaires (0)

Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Derniers articles

Pourquoi une odeur peut-elle nous ramener instantanément en enfance ?

Pourquoi une odeur peut-elle nous ramener instantanément en enfance ?

22 Août 2026

Introduction 
Il suffit parfois de presque rien. 
​​​​​​​Une odeur de gâteau qui sort du four. 
Le parfum d'une lessive, l'odeur d'un vieux me...

Pourquoi avons-nous autant de mal à dire non ?

Pourquoi avons-nous autant de mal à dire non ?

15 Août 2026

Introduction 
Dire non parait simple. 
Un mot très court, 3 lettres...
Et pourtant, pour certaines personnes, prononcer ce petit mot peut dema...

Catégories