Betterment burnout : Le développement personnel nous aide-t-il vraiment... ou nous met-il parfois encore plus de pression ?
Introduction
Travaille sur toi.
Apprends à mieux gérer tes émotions. Aies davantage confiance en toi. Poses tes limites.
Lâche prise. Fais du sport. Médites. Lis. Écris dans un journal. Apprends à mieux communiquer. Soigne tes blessures. Et la plus célèbre de toutes : deviens la meilleure version de toi-même.
Sur le papier, tout cela semble plutôt positif. Après tout, qui pourrait être contre l'idée de mieux se connaître, de prendre soin de soi ou de progresser ?
Le problème n'est pas nécessairement le développement personnel en lui-même.
C'est ce que tu peux finir par en faire.
Car à force d'entendre qu'il faut toujours évoluer, progresser, travailler sur soi et optimiser sa vie ( se qu'on veut dire par là c'est souvent maximiser sa vie!), une idée peut progressivement s'installer :
"Si ma vie ne va pas bien, c'est probablement parce que je ne travaille pas encore assez sur moi."
Et si le problème était justement là ?
Et si le développement personnel, censé t'aider à vivre mieux, pouvait parfois devenir une nouvelle source de pression ?
C'est dans ce contexte qu'un terme commence à apparaître: le betterment burnout.
Littéralement, on pourrait le traduire par "épuisement lié à l'amélioration".
L'idée c'est qu'à force de vouloir constamment devenir une meilleure version de soi-même, on peut finir par être épuisé de devoir sans cesse s'améliorer.
Le développement (inter)personnel peut réellement t'aider
Commençons par une nuance très importante.
Le développement personnel n'est pas le problème en soi.
Réfléchir à son fonctionnement, apprendre à mieux communiquer, développer certaines compétences, comprendre ses émotions ou prendre du recul sur certaines habitudes peut réellement être utile.
Il peut permettre de mieux se connaître. De faire des choix plus lucide, plus cohérents avec ses valeurs.
D'identifier certains fonctionnements qui te desservent. De prendre conscience de ce que tu peux changer.
Et parfois simplement de mettre des mots sur quelque chose que tu ressens sans parvenir à le comprendre.
Le soucis arrive lorsque l'amélioration devient une obligation permanente.
Car il existe une différence importante entre :
"J'aimerais évoluer sur certains aspects de ma vie."
et :
"Je dois constamment devenir meilleur pour avoir le droit de me sentir bien."
Dans la première phrase, le développement personnel est un outil. Dans la seconde, il peut devenir une pression.
Quand "travailler sur soi" devient un travail à temps plein
Nous vivons dans un environnement où les conseils pour améliorer note vie sont devenus quasiment infinis.
Un podcast pour mieux dormir, une vidéo pour mieux gérer son stress, un livre pour mieux communiquer, une formation pour mieux travailler.
Ou encore, une méthode pour être plus productif, une routine matinale pour mieux commencer la journée, une application pour méditer, une autre pour suivre son sommeil, une autre pour suivre ses habitudes...
Même le repos peut parfois devenir un objectif à optimiser !
Tu ne te repose plus simplement, tu cherches à mieux récupérer.
Tu ne fais plus simplement du sport, tu cherches à optimiser ta santé.
Tu ne mange plus seulement, tu cherches de manière obsessionnel à manger sain.
Tu ne réfléchis plus simplement à ta vie, tu cherches à devenir une meilleure version de soi-même.
Et petit à petit, ta propre existence peut devenir un projet à améliorer en permanence.
Le "betterment burnout" : quand vouloir aller mieux finit par épuiser
C'est ce phénomène récent qu'on désigne sous le terme de betterment burnout.
Il décrit une forme de fatigue liée à la quête permanente d'amélioration : vouloir être plus heureux, plus productif, plus équilibré, plus sportif, plus confiant, plus épanoui...
Mais surtout :
ne jamais avoir l'impression d'être arrivé.
Ce sentiment donne l'impression qu'il y a toujours quelque chose à perfectionner.
Encore une habitude à changer, une blessure émotionnelle à comprendre, un comportement à changer, un objectif à atteindre, une compétence à développer, encore une version de soi à construire.
Le problème, c'est que la ligne d'arrivée recule constamment.
Lorsque l'on atteint un objectif, un autre apparaît. On peut alors passer d'une logique :
"Je progresse parce que j'en ai envie."
à
"Je dois progresser parce que je ne suis pas encore assez bien."
C'est à ce moment là que le développement personnel peut devenir paradoxal.
Ce qui devait te libérer peut commencer à t'enfermer.
"Je ne suis jamais assez bien."
Le danger arrive lorsque l'amélioration personnelle commence à toucher à ta valeur.
Je ne suis pas suffisamment confiant.
Je ne gère pas bien mes émotions.
Je n'ai pas encore travaillé sur mes blessures.
Je devrais avoir mieux compris mes besoins.
Je devrais avoir dépassé cette peur depuis longtemps.
Et même lorsque tu fais des progrès, il peut rester cette impression :
"Ce n'est pas encore assez."
Tu peux alors transformer une démarche normalement bienveillante en une forme d'évaluation permanente de toi.
Tu t'observes, tu t'analyses. Tu te compare, tu mesures ton progrès.
Tu cherches tes défauts, tu essaies de corriger tes réactions.
Tu recommences...
De temps à autre, tu finis par ne plus simplement vivre ce que tu vis : tu te regarde vivre pour vérifier si tu le fais correctement.
Les réseaux sociaux peuvent amplifier cette pression
Le phénomène n'est, bien sur, pas uniquement lié au développement personnel.
Les réseaux sociaux jouent également un rôle dans cette dynamique.
Nous sommes régulièrement exposés à des personnes qui semblent avoir compris comment vivre.
Elles font du sport, méditent, voyagent, travaillent, entreprennent, mangent sainement, ont une relation épanouissante ou encore prennent soin de leur santé mentale.
Elles ont l'air d'avoir trouvé leur équilibre.
nous comparons notre vie réelle à une sélection de la vie des autres.
Le développement personnel se mélange à cette comparaison, le message peut devenir très lourd :
"Tu pourrais toi aussi avoir cette vie... si tu travaillais sur toi."
Cette idée est séduisante mais elle peut aussi devenir culpabilisante.
Car si tu ne vas pas bien, tu peux finir par penser que tu ne fais pas assez d'efforts.
A partir de quand le développement personnel devient-il contre productif ?
Soyons d'accord, progresser n'est pas un problème.
Se qu'il faut se demander c'est plutôt :
qu'est-ce qui motive cette volonté de progresser ?
Est-ce que je fais cela parce que ça correspond vraiment à mes besoins ?
Est-ce qu'elle augmente constamment mon sentiment de ne pas être à la hauteur ?
Est-ce que je cherche à mieux me comprendre ?
Est-ce que je suis devenu meilleur pour me juger ?
Ces questions peuvent être beaucoup plus intéressantes que :
"Comment devenir une meilleure version de soi-même."
Et si nous arrêtions de vouloir être une "meilleure version" de nous-mêmes
L'expression est devenue tellement courante qu'on ne la questionne presque plus.
La meilleure version de soi-même.
Mais meilleure par rapport à quoi ?
Selon quels critères ?
Et surtout :
meilleur pour qui ?
Dois-je mettre encore plus d'énergie dans ce domaine ou est-ce que cela me convient comme cela ?
Peut-être que je n'ai pas besoin de devenir une personne totalement différente, peut-être que j'ai surtout besoin de mieux comprendre ce qui me convient.
De savoir ce que je veux, connaître mes limites.
D'accepter certaines imperfections, de faire des choix cohérents avec mes valeurs.
Et de temps en temps, simplement reconnaître que tout n'a pas besoin d'être optimisé.
Une journée passée à ne rien produire n'est pas toujours une journée perdue.
Une émotion difficile n'est pas inévitablement une émotion à supprimer.
Une période de doute n'est pas assurément un problème à résoudre.
Et surtout, surtout, ne pas être en train de progresser ne veut pas dire obligatoirement que l'on régresse.
Le développement personnel devrait-il aussi nous apprendre à nous accepter ?
C'est peut-être l'une des absurdités les plus intéressantes : on peut passer énormément de temps à apprendre à changer... sans jamais apprendre à être avec soi tel que l'on est aujourd'hui.
Or, accepter ce qui est présent ne traduit pas une renonciation à évoluer.
Je peux vouloir changer certains aspects de ma vie tout en reconnaissant que ma valeur ne dépend pas de la réussite de ce changement.
Je peux vouloir progresser sans considérer ma situation actuelle comme un échec et je peux vouloir devenir différent sans estimer la personne que je suis aujourd'hui comme insuffisante.
C'est une nuance importante, car acceptation ne veut pas dire résignation.
L'évolution n'a pas besoin de commencer par le rejet de soi.
Et si le véritable objectif n'était pas de devenir meilleur...
Il y a une différence entre se développer et se corriger en permanence à outrance.
Cela peut ouvrir des possibilités ou créer une sorte d'insatisfaction permanente.
Je pense que le développement personnel gagnerait justement à retrouver une certaine simplicité.
Mettre à contribution les autres, mes proches, ma famille, mes ami(e)s pour discerner se qui devrait mériter mon attention de se qui peut être mit de côté.
Donc pas forcement :
"Comment puis-je devenir meilleur ?"
Mais de temps à autre :
"Qu'est-ce qui compte réellement pour moi ?"
"Qu'est-ce que j'ai envie de changer ?"
"Qu'est-ce que je peux accepter ?"
"Qu'est-ce qui mérite vraiment mon énergie ?"
"Ai-je les ressources nécessaires pour mettre cela en mouvement chez moi ?"
Question ultime si l'en est :
"Est-ce que cette démarche améliore réellement ma vie... ou est-ce qu'elle m'apprend seulement à être insatisfait de moi-même?"
Conclusion : progresser sans faire de sa vie un chantier permanent
Le dev' perso, comme on dit familièrement, peut être un formidable outil.
Il peut nous aider à réfléchir, à comprendre nos mécanismes, à faire des choix différents et à construire une vie davantage en accord avec ce qui compte pour nous.
En revanche, il devient, parfois, délétère si cela devient une nouvelle norme de performance.
Une performance qui ne concerne plus seulement notre travail ou notre réussite sociale, mais notre personnalité, nos émotions, nos relations, notre corps et même notre capacité à être heureux.
C'est peut-être là que se trouve le risque de betterment burnout : lorsque l'amélioration cesse d'être un choix et devient une nouvelle injonction sociale.
Il n'est pas indispensable d'être constamment en train de devenir quelqu'un d'autre pour avancer.
Le développement personnel le plus utile n'est pas celui qui nous demande :
"Comment devenir meilleur ?"
Plutôt celui qui nous aide à répondre à une autre question :
"Comment vivre mieux avec les autres avec qui je suis aujourd'hui, tout en choisissant ce que j'ai réellement envie de faire évoluer ?"
"Ne demande pas que les choses arrivent comme tu le souhaite, mais souhaite qu'elles arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux." Épictète (l'enchiridion)
Tu t'es reconnu dans cet article ?
Si tu as parfois l'impression de devoir constamment travailler sur toi, de ne jamais en faire assez ou de chercher sans cesse une nouvelle méthode pour aller mieux, un premier échange peut permettre de prendre du recul sur cette dynamique.
Le but n'est pas de te donner une nouvelle liste de choses à améliorer, mais plutôt de comprendre ce qui te met vraiment en mouvement, ce qui te met sous pression et ce tu as réellement envie de changer.
Travailler sur soi ne doit pas devenir travailler contre soi.
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